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Prendre en compte la parole des enfants et des jeunes : au-delà des méthodes, explorer les freins cachés.

21 août
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Les dispositifs de participation sont importants mais ne suffisent pas toujours... Le 28 septembre prochain, l'Anacej propose une nouvelle formation essentielle pour comprendre les préjugés et biais qui freinent la participation réelle des enfants dans les espaces où se prennent les décisions.

Léa Margery, formatrice spécialiste des droits de l’enfant et de la participation des plus jeunes, vous la présente.




Comment nos représentations de l'enfance peuvent-elle influencer la place que nous accordons aux enfants ?

 

L’enfant est aujourd’hui reconnu comme un sujet de droits à part entière. Cette reconnaissance est pourtant relativement récente et elle vient s’inscrire dans une histoire longue au cours de laquelle l’enfance a été pensée avant tout à travers l’immaturité, la dépendance et la vulnérabilité.


Malgré les évolutions profondes de notre regard et les efforts engagés pour faire une place réelle aux enfants, nous restons encore largement imprégnés de cette conception. La vulnérabilité de l’enfant, qui justifie pleinement qu’il bénéficie d’une protection particulière, peut alors devenir une grille de lecture qui conduit à minorer sa parole, ses capacités ou ses initiatives. Reconnaître qu’un enfant est vulnérable et qu’il a besoin d’être protégé est une chose mais considérer que cette vulnérabilité le rend moins capable, moins crédible ou moins légitime en est une autre.

 

C’est précisément ce que permet d’interroger le concept d’enfantisme. Profondément ancrées dans notre culture, certaines représentations de l’enfance peuvent nous conduire à associer vulnérabilité, immaturité et incapacité, et ainsi à invalider plus rapidement chez l’enfant des comportements ou des modes d’expression que nous interpréterions autrement chez un adulte.

 

Cette réflexion nous invite alors à déplacer la question. Il ne s’agit plus seulement de savoir comment faire participer les enfants mais de comprendre comment notre manière de les considérer influence les conditions de leur participation.


Quel est l'objectif de cette formation ?

 

Même lorsque nous sommes convaincu·es de la nécessité de permettre aux enfants d’exercer leur citoyenneté et de prendre part aux décisions qui les concernent, nos représentations de l’enfance peuvent continuer à influencer la manière dont nous accueillons leur parole.

 

Que se passe-t-il lorsqu’un enfant peine à formuler clairement sa pensée, mêle imaginaire et réalité, manifeste son désaccord par l’émotion ou formule une proposition qui nous semble peu réaliste ? Sommes-nous toujours aussi disposé·es à l’écouter et à prendre sa parole au sérieux ?


Cette formation propose ainsi d’interroger nos pratiques à partir de ces situations concrètes rencontrées par les professionnel·les de la participation. L’objectif n’est pas de remettre en cause la nécessité de protéger les enfants mais de mieux comprendre comment protection et participation peuvent être pensées ensemble, sans que la vulnérabilité de l’enfant devienne une raison d’invalider sa capacité décisionnelle.


Quel est votre parcours et pourquoi avoir choisi de former à ce sujet ?


Je travaille sur les droits de l’enfant depuis plus de dix ans, avec un intérêt particulier pour leur droit à la participation qui constitue le fil rouge de mon parcours professionnel. Ma formation en philosophie politique m’a d’abord conduite à interroger la place accordée aux enfants dans nos démocraties contemporaines et les conditions de leur reconnaissance comme sujets politiques.

 

J’ai ensuite très tôt travaillé sur la participation institutionnelle des enfants et des jeunes. Pendant mes études, j’ai notamment contribué, avec le COFRADE, à l’organisation de débats d’adolescent·es à l’Assemblée nationale. Dans un lieu où les enfants et les jeunes ont habituellement peu de place, ces rencontres leur permettaient d’échanger directement avec des responsables politiques français et internationaux ainsi qu’avec des membres du Comité des droits de l’enfant des Nations unies, et de porter eux-mêmes leur parole sur des sujets qui les concernaient.

 

J’ai ensuite intégré le Défenseur des droits, auprès de Geneviève Avenard, alors Défenseure des enfants. Dans le cadre de ses travaux sur l’effectivité des droits de l’enfant, l’institution a souhaité recueillir directement la parole des moins de 18 ans : j’ai ainsi coordonné une consultation nationale menée auprès de 2 000 enfants et jeunes à travers la France. Cette démarche leur permettait de témoigner directement de leur expérience de leurs droits et de faire entendre, auprès d’une institution nationale, ce qui fonctionnait ou non dans leur quotidien. Elle m’a également conduite à réfléchir très concrètement aux différentes façons de recueillir la parole des enfants, notamment lorsqu’ils sont non verbaux, allophones ou rencontrent des difficultés particulières, afin que ces différences ne deviennent pas des raisons de les exclure de la participation.


J’ai ensuite rejoint l’Anacej où j’ai accompagné de nombreuses collectivités dans leurs démarches de participation en tant que formatrice. J’y ai découvert une autre échelle de la participation : non plus la consultation nationale, mais les espaces locaux dans lesquels enfants, professionnel·les et élu·es construisent au quotidien et sur des temps longs, des formes de participation, avec leurs enjeux et leurs difficultés propres. J’y ai également développé une importante expérience de formation et d’accompagnement des professionnel·les qui portent ces démarches.

 

Je suis aujourd’hui formatrice indépendante, et je poursuis ce travail en me spécialisant sur l’accès aux droits des très jeunes enfants, de 0 à 6 ans, ainsi que sur les enjeux liés à l’enfantisme. Ces questions me paraissent essentielles pour interroger nos représentations de l’enfance et faire évoluer nos pratiques, afin de créer les conditions d’une véritable co-construction avec les enfants.



Lien pour obtenir plus d'informations et s’inscrire à cette formation.



 
 
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