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Interview du Délégué interministériel à la jeunesse : un regard éclairant

  • 4 mai
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 mai


Thibaut de Saint Pol avait remis le Grand Prix lors des Prix Anacej 2025
Thibaut de Saint Pol avait remis le Grand Prix lors des Prix Anacej 2025

Thibaut de Saint Pol est Délégué interministériel à la jeunesse depuis novembre 2024, en complément de ses responsabilités de Directeur de la DJEPVA (Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative). Dans cet échange il nous parle de transversalité, d’efficacité, de participation des jeunes… Des réflexions au niveau de l’Etat éclairantes pour tous les échelons de l’action publique.


 

En quoi consiste votre poste de délégué interministériel à la jeunesse ?

 

Ce poste part d’un constat très simple : les politiques publiques en direction des jeunes sont nombreuses, mais elles sont encore trop fragmentées. La jeunesse concerne en réalité presque tous les champs de l’action publique : l’école, l’enseignement supérieur, l’emploi, la santé, le logement, la culture, le sport, mais aussi l’engagement et la vie associative.

 

Chaque ministère agit légitimement dans son périmètre. Mais la vie d’un jeune, elle, ne se découpe pas en silos administratifs. Un jeune passe en permanence d’un univers à un autre : formation, insertion professionnelle, santé, mobilité, engagement, sociabilité. Et c’est précisément là que se situe mon rôle : faire en sorte que l’action publique soit pensée à partir des parcours réels des jeunes, et non de l’organisation administrative de l’État.

 

Concrètement, cela veut dire trois choses. D’abord, mettre autour de la table l’ensemble des administrations concernées, pour partager les diagnostics et éviter les angles morts. Ensuite, coordonner les dispositifs existants, pour éviter les doublons et renforcer leur lisibilité. Enfin, identifier des priorités communes, sur lesquelles nous pouvons agir collectivement.

 

C’est tout le sens des travaux que nous avons engagés, par exemple avec l’organisation d’un comité interservices dédié à la jeunesse en février dernier. L’objectif est clair : une action publique plus cohérente, plus lisible et plus efficace pour les jeunes.

 

En quoi cette fonction est-elle importante ?

 

La fonction de délégué interministériel n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui une importance particulière. D’abord parce que la jeunesse est au coeur de l’action publique, ce que montrent les grandes causes récentes : le mentorat en 2023, l’activité physique et sportive en 2024, et aujourd’hui la santé mentale des jeunes. Ensuite, parce que le fonctionnement en silos atteint ses limites. Dans un contexte de contrainte budgétaire, nous ne pouvons plus nous permettre des politiques qui se superposent sans se parler. Enfin, parce que les enjeux auxquels les jeunes sont confrontés sont de plus en plus transversaux : insertion professionnelle, santé mentale, inégalités territoriales, accès à l’engagement.


Dans ce contexte, le rôle du délégué interministériel est essentiel : créer du lien entre les administrations, structurer le dialogue et garantir une approche globale des politiques de jeunesse.

 

Quelle méthode de travail est mise en place pour assurer cette transversalité ?

 

La première étape, et c’est essentiel, c’est l’écoute. On ne peut pas décréter la transversalité depuis le sommet. Il faut d’abord comprendre ce que font les acteurs : les ministères, bien sûr, mais aussi les collectivités, les associations, les acteurs de terrain.

 

Ensuite, nous organisons cette coordination. Elle repose sur plusieurs leviers très concrets : un travail de veille structuré, pour avoir une vision d’ensemble des politiques jeunesse ; des échanges réguliers avec les ministères et les opérateurs, pour construire des logiques communes ; des instances de coordination, comme les comités interservices, qui permettent une meilleure interconnaissance entre les acteurs, mais aussi de partager les enjeux et d’avancer collectivement.

 

Par ailleurs, la DJEPVA joue un rôle central dans cette architecture, elle élabore, coordonne et évalue les politiques de jeunesse, en s’appuyant notamment sur les travaux de l’INJEP. Ce lien entre coordination interministérielle et capacité d’évaluation est absolument clé. 

On ne peut pas piloter efficacement des politiques publiques sans connaître précisément les besoins des jeunes et mesurer l’impact des actions engagées.

 

Cette transversalité est-elle généraliste ou uniquement structurée autour d’enjeux précis ?

 

Elle est les deux à la fois. D’un côté, nous avons une approche globale, qui permet d’avoir une vision d’ensemble des politiques de jeunesse et de connaître les priorités de chacun. Par exemple, lors du comité interservices de février, nous avons abordé des sujets très variés : engagement, prévention, santé mentale, enjeux ultramarins.

Mais cette approche générale ne suffit pas. On ne peut pas embrasser toutes les thématiques et certains sujets nécessitent un travail approfondi.

C’est pourquoi nous menons en parallèle des travaux plus ciblés avec des comités interservices dédiés, par exemple sur la santé mentale des jeunes, le mentorat ou encore les parcours d’engagement. Sur ces sujets, l’enjeu est de passer d’une logique de coordination à une logique d’action concrète, avec des mesures opérationnelles et des coopérations renforcées entre ministères. Cela contribue aussi à maintenir l’implication de tous les participants.

 

Quels conseils donneriez-vous aux collectivités pour développer cette transversalité ?

 

Le premier levier, et sans doute le plus important, c’est d’associer directement les jeunes.

Aujourd’hui, plus de 1 500 conseils de jeunes existent en France. Ils constituent un outil précieux pour structurer le dialogue local. Les données sont très claires : une large majorité des citoyens, des élus et des jeunes eux-mêmes considèrent ces instances comme utiles.

 

Mais il y a encore une marge de progression importante. Aujourd’hui, seulement un tiers des jeunes ayant participé à un conseil estime avoir réellement influencé une décision. Donc le véritable enjeu, ce n’est pas seulement de créer des espaces de participation, c’est de donner une réelle capacité d’impact aux jeunes.

 

Ensuite il y a la méthode au sein de l’administration, j’ai présenté la nôtre. Il faut qu’elle soit structurée et animée, tous les services ont des ressources à partager, il faut s’attacher à des sujets précis et travailler sur le long terme.

Bien-sûr cela est plus facile quand il y a un mandat politique partagé, mais les administrations peuvent se saisir de sujets techniques et ce « travail en chambre » permet aussi de construire des objets politiques.

 

Associer les jeunes au niveau de l’Etat est le rôle du COJ - Conseil d'Orientation des politiques de Jeunesse. Comment fonctionne cette instance ?

 

Le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse est une instance essentielle. Il permet de faire dialoguer l’ensemble des acteurs : administrations, associations, partenaires sociaux, et surtout les jeunes eux-mêmes.

Ses travaux ont un impact concret. Par exemple, ses rapports ont alimenté les réflexions sur le Service national universel, ses travaux sur la transition écologique et l’emploi des jeunes ont contribué à structurer l’action publique sur ces sujets.

Autre évolution importante : le COJ s’est profondément renouvelé, avec aujourd’hui plus de 50 % de membres votants de moins de 30 ans.

C’est un changement majeur : on ne parle plus seulement des jeunes, on travaille avec eux.

 

Beaucoup de jeunes jugent qu’il faut aller au-delà de simplement leur donner la parole, et bien souvent des démarches de participation sont mises en œuvre sans réflexion en ce sens par les décideurs. Comment leur faire réellement une place ?

 

C’est une question centrale. Trop souvent, la participation se limite à une consultation ponctuelle, sans réel impact. Or, les jeunes attendent autre chose : être associés en amont, comprendre les décisions et surtout de voir des résultats concrets.

 

Pour les décideurs, cela suppose un changement de méthode : intégrer les jeunes dans la construction des politiques publiques, et pas seulement dans leur évaluation. Leur faire une place est un enjeu important aujourd’hui.

Nous sommes dans une société vieillissante avec des inégalités grandissantes entre générations. Par ailleurs, nous sommes touchés par de multiples crises, les jeunes sont impactés mais peuvent aussi agir, il faut travailler avec eux sur des sujets concrets.

 Et pour les jeunes, il faut encourager l’engagement sous toutes ses formes : dans les conseils, dans les associations, dans les projets collectifs. Il faut aussi le valoriser pour montrer ce qu’ils apportent à la société, par exemple 50% des personnes inscrites sur la plateforme jeveuxaider.gouv.fr ont moins de 30 ans.

 

On incite les jeunes à s’engager et beaucoup le font, mais il y chez certains une défiance envers le cadre institutionnel. Comment l’Etat et les collectivités peuvent-ils développer ou entretenir un lien de confiance favorable ?

 

La défiance existe, il ne faut pas la nier. Elle s’explique souvent par un sentiment d’éloignement ou de complexité. La réponse passe par une chose simple : aller vers les jeunes. L’État agit à tous les niveaux du territoire (DRAJES, SDJES, missions locales, réseaux d’information jeunesse) mais au-delà des structures, l’enjeu est de montrer un État accessible, utile et concret.

La confiance ne se décrète pas, elle se construit par des actions visibles et des résultats tangibles. Les réponses doivent être politiques mais elles passent aussi par la façon dont on connecte et porte les sujets techniques.

 

L’engagement n’est pas toujours aisé pour les jeunes (précarité, pression scolaire, manque de reconnaissance…). Quelles sont d’après vous les solutions pour le faciliter ?

 

Les données sont très éclairantes. Le baromètre DJEPVA montre que l’engagement est socialement marqué : il est plus fréquent chez les jeunes diplômés, insérés et confiants dans l’avenir. À l’inverse, les jeunes en situation de précarité ou de décrochage s’engagent moins. 

Cela signifie une chose très importante : les freins à l’engagement sont d’abord des freins sociaux.

Donc, pour développer l’engagement, il faut agir à deux niveaux. D’abord, réduire les inégalités : accès à l’emploi, à la formation, à l’information. Ensuite, rendre l’engagement plus accessible et plus lisible. C’est tout le sens des actions que nous menons : structurer des parcours d’engagement, valoriser les compétences acquises, développer des outils comme la plateforme JeVeuxAider.gouv.fr, qui facilite le passage à l’action.

 

Au fond, l’engagement ne doit pas être un luxe réservé à certains. Il doit devenir une possibilité réelle pour tous les jeunes.

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Un regard à 360° sur l'actualité des politiques en lien avec la participation des enfants et des jeunes

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