La démocratie participative des adultes doit s’inspirer de celle des enfants et des jeunes.

Mis à jour : il y a 2 jours

La sociologue Judith Ferrando co-dirige Missions Publiques, agence qui contribue à la co-construction des politiques publiques avec la participation des citoyens. Elle a notamment contribué à l’organisation des conférences citoyennes régionales du Grand Débat national.

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Comment créer les conditions d’un vrai dialogue entre élus et citoyens ?

Il faut avant tout poser des règles du jeu claires. Les citoyens doivent bien comprendre le sujet sur lequel leur avis est demandé, et ce à quoi leurs propositions vont servir. Il faut que les décideurs soient prêts à entendre cet avis et qu’ils l’affirment clairement avant le début de la démarche. C’est ainsi seulement qu’ils peuvent créer la confiance mutuelle indispensable à tout processus de démocratie participative. Ensuite, au cours de la concertation, il faut constituer de petits groupes de gens car au sein de grands groupes, seules les personnes les plus à l’aise avec la prise de parole s’expriment. Dans les groupes de petite taille, la parole circule plus librement.


Comment parvenir à faire s’exprimer l’ensemble des personnes présentes ?

Il est indispensable d’avoir un tiers extérieur qu’est l’animateur. Il doit traiter de façon équitable tous les participants, qu’ils soient simples citoyens ou acteurs économiques ou associatifs. Il doit donner la même considération à tout le monde et permettre à toutes et à tous, même les plus timides ou les minoritaires, de s’exprimer. Il doit également imposer dans la douceur des règles d’écoute mutuelle. La démocratie participative, ce n’est pas de mettre tout le monde d’accord, c’est de permettre à tous les avis de s’exprimer et de s’enrichir mutuellement. C’est grâce à l’écoute de l’autre qu’on y parvient.


Il y a-t-il d’autres règles à respecter dans une démarche de démocratie participative ?

Il y a les règles concernant la restitution des résultats des débats, dont la première est la transparence. Un des enjeux, c’est la traçabilité – les citoyens retrouvent-ils leurs idées et propositions, les échanges sont-ils bien rendus publics ? L’autre enjeu, c’est la reddition des comptes : est-ce que la décision finale a pris en compte l’avis des citoyens et de quelle manière ? Les décideurs doivent revenir auprès des citoyens et dire ce qu’ils ont retenu et ou non de leur avis, et pour quelles raisons. Les citoyens sont prêts à comprendre que toutes leurs propositions ne puissent être appliquées, mais ils ont besoin de savoir pourquoi. Les décideurs doivent faire de la pédagogie.


Qu’est-ce qu’apporte une démarche de démocratie participative ?

Associer la parole citoyenne à l’élaboration des politiques publiques apporte beaucoup pour rester en prise avec ce que vivent les personnes au quotidien, avec leurs besoins et aspirations. L’analyse experte est certes nécessaire, mais il faut l’arrimer à l’expertise d’usage des citoyens. Ce sont eux qui habitent la ville. Nul n’est meilleur juge d’une maison que celui qui l’habite, disait Aristote. L’expertise des citoyens renvoie également à leur capacité de se projeter dans un monde où ils ont envie de vivre. Certains experts ont peur que la démocratie participative ne conduise à une sorte de « liste de père Noël » de revendications. Cependant, les citoyens mettent le doigt sur les vraies priorités pour une transformation respectueuse et durable de la cité. L’autre avantage de la démarche participative, c’est qu’elle rend les décisions plus compréhensibles et mieux acceptées.


Quels peuvent être les freins ou les obstacles à la participation citoyenne ?

C’est d’abord l’impensé politique. Souvent les décideurs oublient de se poser la bonne question : sont-ils prêts à changer leur décision finale suite à la concertation ? Comment on définit le cadre de ce qu’on est prêt à changer ? Il faut éclaircir cette question de façon sincère en amont. Il y a ensuite l’impensé de procédure. Si on ne définit pas la bonne méthode, on risque d’échouer. Souvent les décideurs veulent aller vite, alors qu’élaborer une méthodologie, cela prend du temps. Comment associer le public ? De quelle information a-t-il besoin pour réfléchir ? Derrière les enjeux politiques il y a souvent des enjeux techniques complexes. Il faut les analyser et les présenter de façon appropriée aux citoyens. Par exemple, un Plan local d’urbanisme est un document très technique ; l’important ici est de faire s’exprimer les citoyens sur les enjeux fondamentaux : dans quelle ville voulons-nous vivre, travailler, étudier ?


Comment les élus prennent en compte les avis des citoyens ?

L’enjeu ici concerne la capacité des services techniques et des élus à absorber la parole citoyenne. Ce n’est pas dans la culture classique des administrations. Il faut donc travailler sur la façon de faire rentrer les préoccupations des citoyens dans les tuyaux administratifs. Ou, mieux encore, essayer de changer de tuyauterie !


Quel est votre avis sur la participation des enfants et des jeunes ?

Les jeunes ont besoin des mêmes ingrédients que les adultes : un cadre et des consignes claires, un engagement sur la prise en compte de leur parole. J’ai observé par ailleurs que l’animation de conseils d’enfants ou de jeunes est bien plus inventive et ludique. Les adultes seraient ravis que de telles méthodologies soient déployées pour susciter leur participation. La démocratie participative des adultes doit s’inspirer de celle des enfants et des jeunes. Enfin, les enfant et les jeunes ont cette part de propositions radicales, utopistes, ils veulent encore changer le monde. On doit retrouver cette fraîcheur dans la démarche pour les adultes qui ont finit par trouver normales des situations révoltantes.


Propos recueillis par Rouja Lazarova pour l'Anacej


#Démocratie #Participation #Jeunes

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