Les conseils d'enfants ne sont pas un jeu !
- 17 avr.
- 3 min de lecture
La chronique d’Anne Rosencher « Pendant qu’on demande aux enfants de faire les grands, qui protège les enfants ? » diffusée sur France Inter ce matin vendredi 17 avril (écoutez ici) pose une question essentielle : quelle place notre société souhaite-t-elle accorder aux enfants dans la vie démocratique ? Mais la réponse qu’elle propose repose, selon nous, sur une inquiétude mal orientée.
Oui, les enfants sont des personnes en construction. Oui, les adultes ont un devoir de protection. Mais faut-il pour autant les cantonner à un rôle d’observateurs silencieux de la démocratie ? À l’Anacej, nous pensons exactement l’inverse.
Les conseils d’enfants : autre chose qu’un “jeu”
Réduire les conseils municipaux d’enfants à une simple “imitation” ou à un “jeu de rôle” civique ne correspond pas à la réalité de terrain. Depuis plus de 40 ans, ces espaces permettent à des dizaines de milliers d’enfants de comprendre concrètement le fonctionnement démocratique, de formuler des propositions sur leur cadre de vie, d’expérimenter le débat, le compromis, la responsabilité. Ce n’est pas “jouer aux grands”. C’est apprendre à devenir citoyen en exerçant, à son échelle, une capacité d’expression et d’action.
Participation ne veut pas dire substitution
L’un des malentendus majeurs de la tribune réside dans l’idée que donner une place aux enfants reviendrait à décharger les adultes de leurs responsabilités. C’est faux. Prendre en compte la parole des enfants ne signifie jamais leur transférer la décision finale. Les élus adultes restent décisionnaires. Mais une démocratie vivante ne peut pas ignorer ceux qui sont directement concernés par les politiques publiques, y compris les plus jeunes.
Écouter les enfants, ce n’est pas abdiquer. C’est approfondir la réflexion en s’ouvrant à leurs perceptions, leurs problématiques, leurs solutions.
Les enfants, des sujets de droits — pas seulement des êtres à protéger
La référence critique à l’UNICEF France mérite d’être clarifiée. Reconnaître les enfants comme des “sujets de droits” n’est ni une mode ni une naïveté : c’est le fondement de la Convention internationale des droits de l’enfant, pour les 0-18 ans, ratifiée par la France. Parmi ces droits figure celui d’exprimer librement son opinion sur les questions qui les concernent — et d’être entendu. Refuser d’aller au-delà d’un simple exercice pédagogique reviendrait à vider ce droit de sa substance.
Protéger et faire participer : une fausse opposition
La tribune établit une opposition entre protection et participation. Or, sur le terrain, nous constatons l’inverse : les enfants qui participent sont souvent mieux informés, plus confiants, et plus conscients de leurs droits et de leurs limites. Les exclure des espaces d’expression ne les protège pas davantage. Cela les invisibilise.
Ne pas instrumentaliser les scandales
Enfin, évoquer les graves dysfonctionnements du périscolaire ou de la protection de l’enfance pour disqualifier les conseils d’enfants pose problème. Ces situations exigent des réponses fortes des institutions adultes. Elles ne constituent en rien un argument contre la participation des enfants à la vie locale. Au contraire : entendre davantage leur parole pourrait contribuer à mieux détecter et prévenir ces dérives.
Faire confiance sans abandonner
La véritable question est celle de la confiance. Faire participer les enfants ne signifie pas leur demander de “présider à leur destin”. Cela signifie reconnaître qu’ils ont une expérience, un regard, une intelligence du réel — à leur hauteur — qui mérite d’être prise en compte.
Une démocratie mature n’a pas peur d’écouter ses enfants. Elle sait poser un cadre, accompagner, et rester responsable. C’est précisément ce que font, chaque jour, les collectivités engagées dans des démarches de participation des jeunes. C’est ce que doivent intensifier les collectivités qui veulent s’engager sur la meilleure protection des droits de l’enfant.
Jonathan BOCQUET, président de l'ANACEJ

