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Des enfants dans la ville : et si on les prenait enfin en compte ?

Dernière mise à jour : 11 déc. 2025

Dans le cadre des Semaines isséennes des Droits de l’Enfant, Issy-les-Moulineaux, adhérente historique, a organisé une journée d’étude consacrée à la ville à hauteur d’enfants, coordonnée par le CLAVIM, une association intergénérationnelle qui place l’éducation et le vivre-ensemble au cœur de ses actions, et animée Bruno Jarry, directeur de l'association.

 

Issy-les-Moulineaux : un engagement durable



Depuis 2003, Issy-les-Moulineaux déploie chaque année des actions visant à promouvoir les droits de l’enfant, en collaboration avec des acteurs majeurs tels que le Défenseur des enfants, l’UNICEF et le COFRADE.

 

Cette année, la réflexion s’est concentrée sur la place des enfants dans la ville et la création d’environnements favorables à leur épanouissement.



« Penser une ville à hauteur d’enfants, c’est penser l’éducation qui ne se limite pas à l’école, elle se joue aussi dans les rues, dans les parcs, dans les rencontres du quotidien. Il s’agit pour nous de donner une place aux enfants dans la fabrique du territoire et à ces fins de s’engager à transformer l’espace public en lieux de découvertes, de promenades, de jeux et de tissage de liens. » Alain Lévy, Maire-Adjoint délégué à la Jeunesse et à la Famille

Une journée d’échanges et d’inspirations

 

À cette occasion, de nombreux professionnels, associations et collectivités engagés pour le bien-être des enfants sont venus partager leurs expériences et réfléchir à des villes plus adaptées.

 

La journée a mis en lumière des initiatives d’autres territoires à travers notamment l’exemple de Lille exposé par Céline Pruvost, Directrice du Projet Éducatif Global. Depuis plus de 20 ans, la ville mène une politique éducative ambitieuse structurée par un Projet Éducatif Global. En 2022, elle a créé un Laboratoire de la ville à hauteur d’enfants puis co-construit, en 2024, une charte retravaillée par plus de 700 jeunes Lillois. Cette démarche a abouti à 50 propositions remises au maire, dont 20 jugées prioritaires. En juillet 2025, les enfants ont également lancé le label « Paradis des enfants », attribué par eux-mêmes aux lieux qu’ils estiment adaptés, avec un niveau de labélisation allant de 1 à 3.

 

Lyon Métropole, quant à elle, prévoit la rénovation de la Place Edgar‑Quinet, située près d’un lycée et d’une église. Selon Nadège Adoneth, Chef de projets Espaces Publics et Infrastructures de la Métropole, l’objectif est d’en faire un espace convivial et intergénérationnel tout en renforçant l’espace dédié aux enfants et aux jeunes. Parmi les idées mises en œuvre : des tables de jeux partagées, des bancs de discussion et une petite scène ouverte à la créativité de tous et toutes.


Anne-Marie Rodenas est également venue partager son expérience et témoigner autour du tout premier café pour enfants de France Cafézoïde qu'elle a créé en 2002 dans le 19ème arrondissement de Paris : un espace libre où les enfants, seuls ou accompagnés, peuvent discuter, jouer, se restaurer ou participer à des ateliers selon leurs envies. Aujourd'hui, ce modèle inspire, notamment à Issy-les-Moulineaux avec l'ouverture récente du Moulin des Minots, un lieu conçu comme un café sans alcool et espace ludo-éducatif, pensé comme un véritable royaume de l’enfance. Les enfants y sont accueillis sans jugement, libres d’imaginer, de créer et de s’exprimer.


 

Le constat d'un besoin essentiel

 

Les enfants deviennent presque invisibles dans l’espace urbain, souvent conçu pour les adultes. Pourtant, une ville pensée en fonction de leurs besoins fondamentaux (autonomie, sécurité, jeu, socialisation, exploration) devient une ville plus inclusive pour toutes les populations.

 

Si l’extérieur est parfois perçu comme un milieu « menaçant », l’intérieur des foyers n’est pourtant pas exempt de dangers comme l’a rappelé Sarah El Haïry, Haut-Commissaire à l’Enfance. Le numérique, malgré ses bénéfices, s’immisce dans le quotidien des familles et expose aussi les plus jeunes à des risques invisibles. Grandir à l’abri ne signifie donc pas nécessairement grandir en sécurité. C’est ainsi ce que souligne le rapport du HCFEA, présenté par Frédérique Chave, Secrétaire générale adjointe du Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) avec aussi les enjeux de santé physique et de santé mentale liés à la sédentarité des enfants. Par ailleurs, le HCFEA a élaboré 10 propositions autour de l’inclusivité du dehors.

 

Concevoir une ville à hauteur d’enfants, c’est ainsi adopter un principe à la fois simple et fondamental : prendre l’enfant comme référence pour bâtir les politiques publiques. Une ville adaptée aux plus jeunes devient de fait plus inclusive, plus accueillante et plus agréable pour toutes et tous. Ainsi, Éric Delemar, Défenseur des enfants, rappelle que quand l’on protège les plus vulnérables, c’est la société qui va mieux.

 

 

Grandir dehors : un enjeu éducatif et démocratique


Les intervenants ont aussi rappelé l’importance de repenser la ville à hauteur d’enfants en raison de la nécessité d’apprendre et grandir hors les murs.


Benjamin GENTILS, Directeur La Fabrique des Communs Pédagogiques
Benjamin GENTILS, Directeur La Fabrique des Communs Pédagogiques

Benjamin Gentils, également présent, a défendu la nécessité de développer les classes dehors, répondant à des enjeux éducatifs, sanitaires, climatiques et démocratiques. Lors des Rencontres Internationales de la Classe Dehors, la démarche « Les enfants enchantent Marseille » a vu le jour, affirmant l’ambition de faire de la ville un espace éducatif vivant.



La collectivité diffuse également aux commerçants un autocollant « Marseille à hauteur d’enfants », signalant qu’un enfant peut entrer pour demander de l’aide, un verre d’eau, appeler un parent ou utiliser les toilettes.


De son côté, Damien Lule des CEMÉA a défendu le retour des Terrains d’Aventures afin de permettre aux enfants de se réapproprier l’espace public et de ne pas restreindre la liberté naturelle des enfants par craintes. Fermés dans les années 1980, ces espaces de jeu en autonomie, gratuits et en accès libre, reviennent progressivement dans plusieurs villes françaises depuis 2018 comme des lieux d’émancipation où l’on apprend par la prise de risques et le jeu.

 


« Trois enfants sur quatre respirent un air toxique en France ». La présidente d’UNICEF France, Adeline Hazan, a alerté sur l’urgence de protéger les enfants face à la pollution de l’air et à la crise climatique. Elle a également souligné que, malgré l’impact majeur du dérèglement climatique sur leur avenir et leur plus grande vulnérabilité au phénomène, les enfants restent trop peu intégrés à l’élaboration des politiques environnementales. Via le Réseau Ville amie des enfants, animé par l’UNICEF, plus de 300 collectivités françaises se sont pourtant engagées autour de 5 priorités : bien-être, éducation, lutte contre les discriminations, participation et partenariat.

 

 

Enfin, le Défenseur des enfants Éric Delemar interroge : « Qu’est-ce qui est plus démocratique que d’écouter ceux qui n’ont pas le droit de vote ? ». Une question qui fait directement écho aux échanges de la journée, entièrement tournée vers la prise en compte de la parole des enfants dans la fabrique de la ville. Elle résonne aussi avec l’engagement du Défenseur des droits qui, dans son rapport 2024 sur le droit des enfants à un environnement sain, a consulté plus de 3 400 jeunes pour établir 20 recommandations dont mieux les protéger face aux dégradations environnementales, garantir leur accès aux ressources vitales et renforcer l’accompagnement de leur droit à grandir dans un cadre sain, respectueux de leur bien-être.



Conclusion de la Journée d'étude à Issy-les-Moulineaux par Armelle Le Bigot-Macaux, Présidente du COFRADE, Éric Delemar, Défenseur des enfants et Marie-Pierre Pernette, Déléguée générale de l’ANACEJ.
Conclusion de la Journée d'étude à Issy-les-Moulineaux par Armelle Le Bigot-Macaux, Présidente du COFRADE, Éric Delemar, Défenseur des enfants et Marie-Pierre Pernette, Déléguée générale de l’ANACEJ.

Une conclusion partagée dont les valeurs sont défendues chaque jour par le COFRADE, portée par la voix de sa présidente Armelle Le Bigot‑Macaux. Incarnée également par les actions de l’Anacej à travers la parole de Marie‑Pierre Pernette qui a rappelé que la participation des enfants à leur environnement n’est pas un supplément, mais une condition essentielle pour leur permettre de s’approprier pleinement l’espace public et d’y grandir en citoyens acteurs de leur ville.




Pour aller plus loin sur la thématique... Consultez notre page dédiée à la place des enfants et des jeunes dans la ville :

https://objectif-citoyennete-enfance-jeunesse.fr/solutions-partagees-faire-place-aux-enfants-jeunes-dans-la-ville/

 












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